Zombies !

Apparus sur les écrans vers la fin des  années 60’, les morts-vivants, zombies et autres goules nécrophages n’ont cessé de susciter une certaine fascination mêlée d’effroi.  On ne peut désormais plus faire l’impasse sur ce phénomène : oui, les Zombies sont parmi nous !

Qu’il s’agisse d’un film proposant  une énième déclinaison du thème du retour des défunts  (rarement sous leurs meilleurs atours), d’un jeu vidéo où la joie des petits et grands consistera à dégommer un maximum de ces créatures (avec bien sûr  grand renfort de membres tranchés et de crâne fracassés) ou encore d’un obscur fanzine « Underground » qui se devra d’afficher au moins quelques têtes de morts et autres tibias croisés pour afficher sans ambiguïté son affiliation au camp des contestataires (le crâne et sa suite d’ossements  ne sont -il pas le symbole de l’Underground, quel que soit son domaine d’expression ?), le thème du Zombie a fait son chemin et est toujours d'actualité.


Underground ? Littéralement « Sous la terre »? Tiens, tiens. Voilà un rapprochement sémantique évident qui me saute aux yeux alors que j’écris ces lignes. Creusons encore un peu, si  je puis dire, et revenons à nos chères (chair ?) et tendres goules.

Le terme Zombie, pour les profanes, est originaire d’Haïti. Il est largement associé au Vaudou et à l’histoire particulière de cette île des Caraïbes. En effet, Haïti  est non seulement la première nation noire à avoir obtenu l’indépendance mais également la première à avoir officiellement aboli l’esclavage.  On comprend aisément que la figure symbolique de « l’esclave » est intrinsèquement liée à la culture haïtienne ; il n’est donc pas étonnant de la retrouver dans un de ses principaux cultes sous la forme du « zombie »ou « zombi ».

Dans les traditions haïtiennes, le zombi est une personne qui a été ensorcelée par un Hougan , c'est-à-dire un prêtre Vaudou.  L’ensorcellement consiste à administrer à la victime une drogue composée de tetrodotoxine, un puissant poison qui ralenti les fonctions vitales au point de faire passer un individu pour mort. Un fois la personne inhumée, le Hougan n’a plus qu’à  déterrer sa victime et lui administrer un autre poison qui va le priver de sa volonté. (NDLA : Tant que le doute persiste, on comprend mieux pourquoi si peu de personnes  se font incinérer à Haïti).

A ce sujet, nous disposons même du témoignage de Clairvius Narcisse, qui dit avoir été un zombi durant 2 années.

On l’aura compris, vrai ou faux, le Zombie n’est autre que la transfiguration de l’esclave dans sa version la plus extrême : un être humain dénuée de toute volonté propre et soumis au bon vouloir de son « Maître ». Mis à part les tragédies qui secouent hélas périodiquement cet état insulaire, la terreur ultime de l’inconscient collectif Haïtien est sans aucun doute ce retour à l’esclavage, cette « Zombification ».

Voilà pour la petite histoire. Passons à présent de Haïti à Hollywood. Nous sommes en 1978 et Georges A. Romero nous livre un film désormais culte : « Dawn of the dead », traduit en français par « Zombie » (oh, surprise !)

Au-delà de l’aspect sanguinolent et terrifiant, du moins pour l’époque, de ce long métrage au scénario basique (les morts reviennent, ils ne sont pas très content et étrangement ils sont devenus cannibales !), le film  aura pu distiller un message contestataire par une scène désormais célèbre, celle où les mort-vivant envahissent un supermarché et où mû par un réflexe limbique, ils empoignent des cadis et déambulent au hasard des rayons.  « Les Zombies sont parmi nous » devient ici «nous sommes tous des Zombies », sans volonté propre, machine à consommer, bref, digne fils d’une société postindustrielle en pleine décadence peuplée par une majorité de morts en sursis  (les consommateurs aveugles) et une minorité de vrai êtres humains (les artistes ? les dévots ?  Les patriotes ? Cela n’est pas précisé dans le film).

Je vous épargne la longue litanie qui consisterait à énumérer les films du genre : ils sont légions. Aux Etats-Unis, le Zombie Day a même été instauré. Depuis 2005, des rassemblements de fans déguisés en mort-vivant envahissent les villes une fois par an. Fascination morbide ? Performance ? Critique acerbe à peine voilée de notre société ? A chacun de voir. En attendant, si vous voulez casser du Zombie, rendez vous chez Hell’s pizza (http://www.youtube.com/watch?v=9p1yBlV7Ges) , une vidéo interactive vous attends ….


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