Mort et renaissance de Roméo Vasilik

Romeo Vasilik, est décédé le 19 avril. Il était atteint de cérémorphisme. Cet auteur roumain méconnu et chef de file du collectif littéraire Antefutur, publia La Cité enchevêtrée en 1971, peu après sa naturalisation comme citoyen hollandais. Ce fut un échec commercial qui poussa Vasilik à abandonner l’écriture.

Après la mort de James Graham Ballard en 2009, le nom de Vasilik refit surface. Des journalistes du « Guardian » exhumèrent une longue correspondance en anglais que le célèbre écrivain britannique avait entretenu avec Vasilik durant 25 ans. Aujourd’hui, grâce aux éditions Stew & Sullivan, le contenu de certaines de ces lettres est dévoilé.


« Ces lettres font surtout état du désespoir de Vasilik, explique Jeremy Genys, l’un des journalistes qui a travaillé durant six ans sur la compilation de cette correspondance. Interstices, par exemple, est une nouvelle  qui fut très mal accueillie par la critique. Le décor glacial, l’absence apparente d’interaction entre les personnages, le portrait d’une humanité fatiguée, blasée, les images désincarnées qui émaillent l’ouvrage, les passages qui se répètent tout au long des quatorze nouvelles, tout cela concourait à rendre le livre de Vasilik difficile d’accès. Pourtant, c’était un visionnaire car la cité enchevêtrée annonçait clairement des œuvres comme La trilogie de béton de JG Ballard, parue quelques années plus tard et qui remporta un franc succès. »

La voix de ce journaliste qui souligne l’importance littéraire de Vasilik n'est pas isolée. Lors des Utopiales 2000, un critique de la Revue française d’anticipation littéraire, Pierre Cumet, dans une interview accordée au Monde, présenta Romeo Vasilik comme l’inventeur d’un genre Cyberpunk avant la lettre. « Vasilik a été le premier romancier a s’inspirer de la systémique et de l’école de Palo Alto sur la cybernétique et la schizophrénie. Les concepts de redondances, de doubles liens ou encore les paradoxes de la communication influencèrent son œuvre au point de la rendre parfois hermétique. Aujourd’hui, alors que ces théories sont mieux connues, notamment dans les facultés de psychologie, Vasilik est enfin sorti du néant. »

Pierre Cumet doit certainement être ravi car aujourd’hui,  Romeo Vasilik est au centre de l’actualité littéraire. L’ouvrage Wrecked age : A story about the retrofuture vient d'être publié aux éditions Stew & Sullivan et fait une synthèse remarquable de la correspondance que Ballard et Vasilik ont fidèlement maintenu au cours des années.


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