STALKER, the SciFi Role Playing Game

Dans mon article sur la science-fiction soviétique " Naoutchanaïafantastika "  j'avais vaguement évoqué le jeu de rôle finlandais « Stalker », inspiré de l'oeuvre éponyme des frères Strougatski.

Stalker the SciFi Role Playing Game est publié pour la première fois en 2008, en finlandais, par Burgergames. Une édition anglophone, identique, sortira quatre ans plus tard. Le jeu est directement inspiré du roman de science-fiction russe « Пикни́к на обо́чине » des frères Arkady et Boris Strougatski, publié en 1972. En français, le roman voit le jour avec comme titre « Stalker » et est sous-titrée par « Pique-nique au bord du chemin »


L'histoire se révèle relativement simple : les extra-terrestres sont venus sur terre puis s'en sont allés, laissant derrière eux six vaste zones jonchées d'étranges artefacts. Nul ne sait pourquoi ces visiteurs se sont posés sur notre planète, pourquoi ils en sont repartis et encore moins ce qu'ils ont fait durant ce bref séjour. Cet événement est appelé la Visite.

                                                    

Les zones concernées, désormais sous stricte contrôle militaire, possèdent des propriétés défiant les lois de la physique, un environnement totalement imprévisible et, pour ceux qui osent s'y aventurer malgré l'interdiction qui frappe leur entrée, la promesse de découvrir des trésors qui les rendront immensément riche. On appelle ces aventuriers les « Stalkers » et ils ne craignent pas de pénétrer dans la Zone. Redrick Shouhart, le héros du roman, est l'un d'entre-eux. Des scientifiques, au sein d'un étrange Institut de xénologie, s'intéressent également de très près à la Zone et sont parfois les principaux commanditaires des missions pour les « Stalkers ». Enfin, de nombreuses légendes circulent à propos de certains artefacts qui seraient enfouis dans ces chancres de la réalité, notamment le fameux orbe doré prétendument capable d’exaucer n’importe quel vœu. 

                                                 

Le film d'Andreï Tarkovsky, sorti en 1979 et encore aujourd'hui considéré comme un chef d'œuvre du septième art, reprend le contexte du roman : de grands espaces interdits, désertés et pourtant convoités, marqués par l'empreinte d'une catastrophe dont il ne dira rien. Il s'en écarte cependant assez vite en proposant une fable philosophique mettant en scène le voyage d'un écrivain et d'un professeur, conduit par un « Stalker », en plein cœur de la Zone. On retrouve dans ce long métrage aux effets spéciaux minimalistes, l'esthétique post-apocalyptique qui avait fait le succès du roman. Dans l'un comme dans l'autre, l'ambiance se veut oppressante et conserve cette touche d'étrangeté et de peur indicible qu'on retrouve dans les livres de Lovecraft.


Dans le background du jeu de rôle, la Zone est divisée en six régions, réparties sur plusieurs continents (France, Russie, Canada, Chine et Japon). Chacune d'entre elle est en proie à des phénomènes différents. Par exemple, des « Stalkers » rapportent qu'en Russie, un monticule de végétation appelé la montagne verte s'est formé comme mû par une volonté propre. En France, dans un lieu où il fait toujours nuit, des pierres se seraient assemblées entre elles pour former un énorme arc que l'on nomme le pont noir. Des anomalies, des décalages avec la réalité, surviendraient constamment dans ces régions et les récits des « Stalkers » faisant état de leur rencontre avec des Inorganismes, comme les replicas ou les hommes-brûlés, sont légion.

                                                      

Depuis la Visite, la vie n'est plus la même. D'abord les habitants des endroits contaminés ont dû fuir par centaine de milliers et ceux qui vivent à proximité doivent s'accommoder de phénomènes étranges telles ces voix qui surgissent de l'obscurité, ces éclairs bleu qui zèbrent le ciel et surtout, bien que le sujet soit tout à fait tabou, ces mutations génétiques dont sont victimes les enfants aux abords de la Zone. Enfin, il y a l'obsession des scientifiques de l'Institut à comprendre l'usage des artefacts et les intentions de cette intelligence supérieure qui les a déposés. Cette nouvelle science, qu'ils appellent la xénologie, sorte de psychologie appliquée à ce qui n'est pas humain, est le moteur de l'Institut pour envoyer les « Stalkers », interprétés bien évidemment par les joueurs, dans la Zone.


Ce n'est pas anodin si les concepteurs  ont intégré au système de jeu des points de Zone que gagnent les PJ et qui s'apparentent fortement aux points de Mythe de Cthulhu, chers aux fans de Lovecraft. En effet, plus on s'engage dans la Zone, plus on la connaît et plus on s'en trouve... Modifié. Je n'en dirai pas plus.

                                                     


Si la Zone recèle bien des dangers, les PJ devront également organiser leur vie lorsqu'ils en sortent. Échapper aux militaires, monter des équipes de « Stalkers », négocier avec les scientifiques de l'Institut et, quand ils en auront le temps, retourner dans leur foyer et gérer discrètement les mutations de leurs enfants.


STALKER the SciFi Role Playing Game reprend avec brio l'univers décalé des Strougatsky, si proche de nous et pourtant subtilement différent. Il utilise un système sans dé appelé FLOW, basé essentiellement sur du role play agrémenté de quelques paramètres numériques. Sur les forums anglo-saxons, ce système ne fait pas l'unanimité et de nombreux joueurs proposent de le remplacer par la mécanique de Savage World ou par des règles maison. À chacun de voir. En attendant, le jeu a réussi à conserver ce qui faisait l'essence du livre des frères Strougatsky : des hommes qui ont perdu leurs certitudes dans un environnement post-apocalyptique où tout reste à découvrir, au risque de perdre également leur humanité.

                                                            

Stalker a été conçu par le finlandais Ville Vuorela, un auteur prolifique dont je reviendrai sur le parcours dans ce blog. Un projet de traduction du jeu, par l'éditeur français la Loutre rôliste, est d’ailleurs en cours.


Pour plus d'infos, vous pouvez jeter un œil sur le site de l'éditeur: http://www.burgergames.com/stalker/EN_web/

Pour ceux qui seraient intéressés, des fans ont conçu des règles alternatives :

https://forums.spacebattles.com/threads/lets-play-by-post-stalker-the-scifi-roleplaying-game.224306/ 


Post-scriptum :

A noter que Stalker, the SciFi roleplaying game ne doit pas être confondu avec S.T.A.L.K.E.R RPG, autre jeu de rôle dérivé d'une série de jeux vidéo dont l'esthétique est directement inspirée par le livre et le film… Mais la comparaison s'arrête là. En effet, S.T.A.L.K.E.R RPG ne fait que proposer un festival de violence dans une ambiance post-Tchernobyl où humains et mutants règlent leur conflit à l'arme automatique. Ce jeu amateur balaie d'un revers de la main les subtilités des frères Strougatski, au contraire de Stalker the SciFi RPG qui les exploite avec brio.

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