Occidion, siège du pouvoir impérial

Mémoire à l’usage du conseil des Maîtres, par l’ambassadeur Wül, représentant de l’Ethnocratie de Deeth Shu’vaass auprès de l’Empire des Cinq Contrées. 
Pour comprendre l’Occidion actuel, siège du pouvoir impérial, il faut remonter aux temps les plus éloignés, avant même qu’apparaissent les Cendroves. Si ceux-ci ne laissèrent aucune trace dans le paysage actuel, les Tharnes et les humains marquèrent la région de leur passage. En Occidion, l’histoire a modelé la nature.

La préhistoire

Pendant des millénaires, une immense chaîne de volcans située à l’ouest du continent déversa ses entrailles sur ce qui deviendra les terres d’Occidion, de Malantise et de Tersienne. Puis le temps transforma ce tapis de scories volcaniques en un plateau fertile – l’Occidion – descendant doucement d’Ouest en Est pour finir sur les terres marécageuses de Tersienne. 

Le temps des Cendroves

Quand les volcans s’apaisèrent le plateau se couvrit d’une forêt dense. Les Tharnes, des hommes ailés venus du Nord connus pour leurs talents d’explorateurs, leur puissante magie et leur insatiable curiosité, établirent quelques tours-citadelles sans prendre la peine de coloniser le territoire. Dans le même temps le peuple des Cendroves se développa discrètement et fonda de multiples communautés sur l’ensemble de la zone forestière. 
Dépourvus de velléités expansionnistes et inconscients de la notion d’État, les Cendroves vécurent en hédonistes, préférant la chasse, la pêche et la cueillette, vivant dans un habitat de bois sommaire et organisant de joyeuses festivités plutôt que de chercher à développer des technologies avancées ou de bâtir un royaume comme d’autres civilisations auraient été tentées de le faire.
Quand vint la guerre entre les Tharnes et les Centuplides, les Cendroves laissèrent ces derniers s’exterminer sur leur territoire en toute indifférence. Alors que les Centuplides victorieux quittaient l’Occidion pour regagner leurs lointaines jungles, laissant les tours-citadelles des Tharnes en ruine, les Cendroves reprirent leur vie tournée vers la nature en laissant celle-ci envahir les constructions tharnes vidées de leurs occupants.
Même si elles sont peu nombreuses, de nos jours, les colossales citadelles abandonnées, chargées de magie oubliée, défient le temps. La plus célèbre est la forteresse qui abrita Argélite avant la bataille du Pic Noir.

Hamalron

Quand le Dieu Hamalron arriva dans le monde connu, il s’établit en Occidion. Il amenait avec lui des humains – que certains appellent les Hamalroniens – et de fabuleuses connaissances. Très vite, grâce à l’aide divine, les Hommes défrichèrent les forêts, ensemencèrent les terres fertiles, construisirent des cités et des routes. Plutôt que d’entrer en conflit avec les nouveaux venus qui détruisaient leur habitat, la majorité des Cendroves se réjouit ! Certes, une partie de leur forêt disparaissait mais ils pouvaient bénéficier, sans le moindre effort, d’un progrès qu’ils n’imaginaient même pas. 
Quand Hamalron quitta ce monde, il emporta le secret de nombreuses technologies mais Occidion était devenu le pays le plus développé du continent et la première nation humaine. En l’absence de leur dieu, nombre d’Hamalroniens ne se sentirent plus tenus de rester sur place et partirent coloniser de nouvelles terres. 
Après l’extinction des Tharnes, la disparition d’Hamalron marquait, une fois de plus, un recul technologique et de nouvelles ruines recouvrirent l’Occidion. On perdit le savoir des hauts-fourneaux, on oublia les méthodes de construction et d’entretien des arches de métal des grands édifices, des mécanismes des horloges et des systèmes hydrauliques qui produisaient l’énergie des ateliers de sciage de pierre, alimentaient en eau les cités ou régulaient les cultures. Le lierre recouvrit les façades des manufactures et l’obscurantisme les âmes humaines. Certains ouvrages - aqueducs, canaux - fonctionnent encore malgré l’absence d’entretien. 
La magie et la religion alimentèrent la désillusion des Hommes envers l’âge d’or d’Hamalron ; le féodalisme se développa et Occidion devint un royaume.

Le climat, la flore, la faune… et les dieux

Climat
Le climat d'Occidion est grandement influencé par la chaîne de volcans qui isole le plateau central du front maritime ouest. Les pluies et les vents froids sont, dans leur majorité, stoppés par les montagnes. Malgré la proximité des terres glacées du Svenhaagen, le climat est tempéré et sec durant la majeure partie de l'année ; l'hiver, par contre, est glacial. Quand les grands gels arrivent, les Occidiens ont coutume de dire que les dieux des Krinals rampent sous terre pour leur geler les pieds.

En allant vers la frontière est du pays, en même temps que s’efface le plateau volcanique, l’influence des montagnes disparaît : des nuages se forment et les pluies s’intensifient, pour finir par devenir omniprésentes sur la contrée de Tersienne. Là aussi, les superstitieux habitants d’Occidion y voient un signe divin : s’éloigner de la terre où vécut Hamalron, c’est perdre la protection du dieu. Si le climat à Malantise est déjà moins clément qu’en Occidion, celui de Tersienne est interprété comme une malédiction.
Un dicton imagé du monde rural dit : « Hamalron met Occidion sous son bras, bien au chaud, il crache sur Malantise et il pisse sur Tersienne ! » Dans les grandes foires entre royaumes voisins, on peut être sûr que ce genre de propos suivi de quelques ricanements gras entraîne une belle bagarre généralisée.
Flore
La flore est adaptée aux terres riches et à la pluviométrie limitée du plateau occidien. De plus, Hamalron a donné aux Hommes la maîtrise des techniques d'irrigation, leur permettant de jouir d'une agriculture florissante. 
Le plateau d'Occidion, avant l'arrivée des Hommes, était principalement occupé par deux types de forêts : les sèches et les humides.
- Dans les premières, on trouve des pins sylvestres, arbres résistants atteignant les trente mètres de haut. Ce sont des forêts claires, à la végétation espacée, au sol couvert d'une mousse vert émeraude dissolvant les déchets végétaux. Les premiers humains ont même eu la naïveté de croire que les Cendroves entretenaient les lieux avec soin. Ceux-ci n'ont mesquinement pas démenti, trop heureux d'être considérés comme de rudes travailleurs. Il fallut près de deux siècles pour que les humains se rendent compte de leur méprise. 
- Les secondes abritent un arbre inexistant ailleurs : le hêtre turquoise ou « chignard », appelé ainsi à cause de la couleur de ses feuilles et de la particularité  qu'elles ont de capter l'humidité ambiante et de la restituer sous forme de gouttes tout au long de la journée, donnant l'impression d'une fine et incessante pluie sous la frondaison des arbres.
La colonisation humaine remodela le paysage. La mise en culture et l'élevage entraînèrent une déforestation partielle de la région, les techniques d'irrigation et l'urbanisation apportèrent également nombre de changements au panorama.
Cet « âge d'or » de l'humanité où progrès technologique et religiosité se mêlèrent perdura quelques années après la disparition d'Hamalron, puis les connaissances techniques se perdant, la nature reprit ses droits. Toute une gamme de végétation semée par l’Homme se propagea anarchiquement dans les zones dépeuplées. Bouleaux, sureaux, vignes, céréales et bien d’autres se partagent les terres anciennement défrichées.
Faune
Ce qui affecta les hommes et la flore toucha aussi la faune. Quand se perdirent les connaissances divines, les épidémies, que l'on n'arrivait plus à combattre, vidèrent des villages et nombre d’animaux domestiques retournèrent à l’état sauvage. On dit d’eux que le dieu les a oubliés et qu’ils ont abandonné leur mission : servir les Hommes. Le peuple les surnomme « les perdus ». Sont ainsi appelés dogues, buffles, chèvres, cochons, chats. Parmi ceux ayant quitté l’état domestique, seuls les lignées les plus résistantes survécurent et les adjectifs « géant », « sauvage » ou « maudit » sont souvent ajoutés à leur nom d’origine.
À ces animaux se mêle la faune endémique des forêts et des montagnes de cette région tempérée. 
Par exemple les janaths, tortues géantes résistant aux températures les plus élevées, vivent dans les lacs de lave des derniers volcans. En apercevoir est mauvais signe, elles ne quittent les volcans que lors d’éruptions imminentes.
Autre créature rare vivant près des zones volcaniques : les vouivres. Elles seraient des descendantes indirectes des dragons aujourd’hui disparus. Plus petites, moins puissantes et beaucoup moins intelligentes que leurs ancêtres draconiques, elles ne maîtrisent pas la magie. Leur souffle de feu ne serait rien d’autre que la lave dont elles se gorgent et qu’elles stockent dans leur estomac pour apaiser leur voracité. D’après les rares survivants, une vouivre ayant craché son contenu gastrique est prise d’une faim incommensurable.
Nombre de créatures des anciennes forêts cendroves disparurent soit suite à la déforestation, soit à cause des chasses intensives que pratiquèrent les Hommes en attendant que leurs cultures soient productives. Certaines ayant survécu intégrèrent la mythologie hamalronnienne par la voie des légendes. 
Ainsi le pongo, singe anthropoïde de grande taille – 1m30 – au poil long et gris, végétarien et paisible, que les Hommes affublèrent d’une sagesse octroyée par Hamalron en personne. La légende dit que le dieu lors de son passage sur terre se serait perdu en forêt et qu’un groupe de pongos l’aurait aidé à retrouvé sa route. En récompense Hamalron aurait donné des pouvoirs de savoir et de divination à ces primates. Depuis, il est fréquent de trouver des pongos logés chez de riches nobles qui les consultent lors de séances divinatoires. Des symboles religieux sont présentés à l’hominidé qui indiquent ceux donnant une réponse à la question posée. Un prêtre interprète les choix du pongo.

Notes du copiste Dahath

S’ensuivent les chapitres consacrés à la politique et aux personnalités rencontrées par l’ambassadeur Wül, chapitres non traduits en langue vulgaire et conservés à l’usage unique du conseil des Maîtres.  


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