Greetings from Kronenstadt

Dans le deuxième tome des chroniques d'Hamalron, intitulé La Cité des Proscrits, j'ai choisi comme cadre la ville de Kronenstadt.

Passionné par l'urbanisme, la sociologie de l'espace, la psycho-géographie chère à Debord et par tous ces lieux nichés dans les interstices des métropoles, il fallait que je donne vie à ma cité.


Pendant très longtemps, cette ville n'a été qu'un nom, de ceux qui sonnaient bien à mes oreilles et dont la seule évocation suffisait à dresser le contour d'un univers dur, une ambiance sombre, des murailles battues par des vents glacés et un peuple de durs à cuire à l'accent guttural. Rien de bien original donc, mais ces images m'inspiraient. Plus tard, j'ai appris, dépité, qu'il existait une ville en Russie qui se nommait Kronstadt. On m'avait presque piqué mon mot. Heureusement, je trouvais le mien beaucoup mieux.

La force des livres-jeux, comme celle d'une bonne partie de jeu de rôle, n'est-elle pas de susciter des images ? À l'époque de la création de Kronenstadt, vers 1992, je maîtrisais un jeu de rôle med-fan avec un ami comme unique joueur. Un maître et un joueur, c'était notre formule. On appelait ça «  faire des aventures  », excusez du peu ! 

La relation duelle me plaisait car je pouvais donner plus d'impact émotionnel à ma narration. Je mettais beaucoup d'importance au suspense, aux événements dramatiques, bref à tous ces trucs qui font qu'on se sent emporté par une histoire.

Comme j'avais toujours eu l'habitude, lors de ces parties endiablées, de ne m'adresser qu'à une seule personne, pour le plaisir de la plonger efficacement dans ma cosmogonie et de la voir s'agiter au gré des épreuves que je dressais sur sa route, j'ai choisi plus tard comme support littéraire le format du livre-jeu plutôt que celui du jeu de rôle. M'adresser à un seul lecteur ressemblait fort à mes entretiens ludiques de ma jeunesse. De plus, je pouvais toujours puiser dans la malle à accessoires débordante des chroniques de ces aventures épiques pour retrouver un bon mot ou une situation intéressante.

Kronenstadt faisait partie de ces « accessoires » qui agrémentent une bonne histoire. Malgré les années à penser à cette cité, à la développer mentalement, la définir et lui donner ma griffe, le personnage de mon pote n'aura finalement jamais mis les pieds dans ce lieu chargé pour moi de tant d'expectatives. Pour pallier cette frustration, je ne pouvais pas faire autrement que de mettre en scène cette cité des proscrits qui me hante depuis si longtemps et la jeter en pâture aux lecteurs. Après tout, qu'ils la mettent à feu et à sang si ça leur chante...


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